Yôko Ogawa, Manuscrit Zéro,

traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle, Actes Sud 2018, 233 p.

Ce texte (ou devrait-on dire ces textes) est très différent des romans habituels de Yôko Ogawa. Publiant généralement des nouvelles et des romans, elle a ici inauguré un autre genre, difficilement définissable. À la croisée de manuscrits bruts issu d’une sorte de journal intime et de nouvelles ayant pour personnage principal toujours la même personne : elle-même.

Mais est-ce réellement elle-même ? Cette question qui nous taraude durant la lecture.

Ce texte semble de prime abord être l’édition de manuscrits décousus, d’une autrice qui a perdu ses idées, et qui doit absolument publier. Par ailleurs, c’est ce que mettent en scène plusieurs « manuscrits/nouvelles» : l’autrice qui n’a pas confiance en elle, qui ne se considère pas comme une grande écrivaine, qui n’a plus l’air de savoir quoi écrire, qui achète des petits cahiers pour avoir l’impression d’écrire plus de pages, etc.

Pourtant, il s’agit d’un jeu littéraire très bien ficelé. L’autrice fictive et l’autrice réelle se confondent ; l’autrice fictive semble être vouée à publier des fragments de sa vie, ce qu’elle fait, mais en les publiant dans le monde réel, comme une incursion de la fiction dans notre monde. Ainsi, Ogawa est-elle bien l’autrice de ces extraits, ou bien est-ce sa protagoniste fictive, reflet d’elle-même ?

Les textes balancent par ailleurs entre le réel, et le fictif. Comment séparer les expériences vécues des expériences imaginées ? Est-t-elle réellement allée manger dans un restaurant ne préparant que des mousses (de forêt), mousses dont la patronne, une vieille femme un peu mystérieuse, amenait avant chaque plat un échantillon à observer au microscope ? Est-elle réellement une femme qui parcourt – avec ardeur et passion – les manifestations sportives des écoles, s’incrustant parmi les mamans ? Assiste-elle réellement à un concours de cris de bébés ? Les fragments oscillent sur un axe de crédibilité – certaines histoires peuvent avoir eu lieu dans la vie d’Ogawa, et d’autres rendent plus perplexes – pratique tout à fait habituelle chez l’autrice japonaise.

Ce livre, bien que déroutant, est empreint de la sensibilité de Yôko Ogawa. C’est avec pudeur et délicatesse qu’on lit chacun des récits. Un vrai plaisir qui apaise.

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