Pasi Ilmari Jääskeläinen, Lumikko

Traduit du finnois par Martin Carayol, Editions de l’Ogre, 2016

Ella Milana est une jeune femme naïve. Institutrice, elle a réalisé une recherche universitaire sur la grande auteure de livres pour enfants Laura Lumikko. Elle collecte régulièrement les rédactions de ses élèves afin de les livrer à cette dernière, car la très célèbre société littéraire qu’elle a créée n’a toujours que neuf membres, sur les dix nécessaires.

Lorsqu’elle publie une nouvelle dans le journal local, Laura Lumikko l’invite – presque miraculeusement – à se joindre à la société, à devenir le dixième membre manquant.

Cependant, lors de la soirée où Ella doit enfin rencontrer Lumikko, une brusque et violente tempête de neige emporte Lumikko, alors qu’elle était en train de descendre l’escalier intérieur de chez elle. Malgré cela, elle restera le dixième membre, et devra apprendre les règles du Jeu par elle-même. Jeu malsain, nécessitant un total lâché prise. Il permettra certes à Ella de découvrir les secrets les plus sombres de la Société, mais aussi de se vider de ses propres jardins secrets, les offrant malgré elle à ses « collègues », dont le but est de s’en servir comme matériau littéraire.

Mais alors que le Jeu se déroule régulièrement, des évènements mystérieux se produisent ; les livres de la bibliothèque semblent contaminés par un mal inexplicable, la disparition de Lumikko reste impénétrable, des chiens se rassemblent toujours au même endroit, sans raison vraisemblable.

Un livre prenant, mêlant fantastique, investigations sur un passé obscur et tout de même, il faut l’avouer, un peu d’amour.

On se questionne cependant sur la vraisemblance du personnage principal ; universitaire avertie, elle ne semble cependant pas en proie aux questions d’éthique habituelles des recherches universitaires. En effet, elle semble chercher, avant de faire une histoire littéraire des plus scientifique de la Société Littéraire, à mettre au jour un scandale. En effet, il est difficile pour l’historien de considérer des éléments ayant rapport avec des personnes vivantes. Tout n’est pas bon à dire, et Ella ne semble pas toucher à cette question, risquant plus de rendre ses recherches ridicules, ou le personnage peu crédible ; elle rappelle en effet le personnage-type du journaliste enquêtant en parallèle à la police sur un meurtre.

Malgré l’agacement – léger, elle reste très attachante – que peut produire Ella, le récit est très rythmé et plusieurs éléments très intriguants, nous permettant de glisser sur le long des pages très rapidement. Les personnages – majoritairement des écrivains – entourant Ella sont très bien construits, et témoignent des observations quasiment ethnologiques que peuvent effectuer les écrivains dans le but de créer leur personnage. Avant d’être le récit d’Ella, ou de la disparition de Lumikko, ce roman nous guide autour d’une réflexion sur la provenance de notre imagination. Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme, et peut-être cette vieille dame, que vous avez croisé au supermarché, tâtant chaque melon un à un avec un air méthodique, sera un morceau de votre futur personnage ?

Ôpalescente

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code