Pascale Kramer, L’implacable brutalité du réveil

Genève : éditions Zoé 2017, 205 p.

Une désillusion, des regrets, presque du dégoût. Un cri du cœur du personnage principal : Alissa. Celle-ci vient de créer la vie et ne ressent pas le fameux « amour maternel » tant imaginé, tant convoité. Au contraire. Elle n’aime pas son bébé. Elle ne veut plus être mère. Mais à qui en parler ? Qui peut comprendre ? Pas son mari. Pas sa mère. Alissa est seule dans ce combat avec elle-même, s’éloignant ainsi de sa vie et de son couple

« Maman, laisse-moi encore passer quelques jours à la maison, je suis encore trop fatiguée ».

Dépression post-partum? Cela peut y ressembler. Mais ce mot n’est jamais employé dans le fil du texte. En effet, Alissa ne va consulter personne, prostrée dans un sentiment de culpabilité, exclue par le poids du tabou : une mère doit aimer son enfant, c’est naturel. L’avantage de l’absence de diagnostic dans le récit permet au lecteur de ressentir la détresse d’Alissa comme quelque chose d’insolite et de rare, et non pas comme quelque chose de « banal », réaction qui pourrait arriver dans la situation où le mal serait nommé.

Ce livre me parle énormément, sans doute parce que je suis une femme, et ainsi susceptible de ressentir un jour cela. Le lieu commun de la crainte de ne pas aimer son enfant une fois né est souvent simple peur sans suite. Mais ici, celle-ci se réalise, réveillant brutalement Alissa des promesses d’amour et de tendresse, et transformant sa vie en cauchemar.

Un livre vite lu, mais qui reste sans doute en tête longtemps après lecture, un livre qui marque très profondément.

Ôpalescente

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