Hubert Haddad, Mā

Paris : Zulma 2017, 220 p.

Ce récit est celui de deux hommes. Mais ce roman ne raconte qu’une unique histoire : tous deux portent le même prénom, les mêmes lunettes. Tous deux supportent le poids d’un seul chagrin, guéri – ou effacé, oublié – par la marche.

Le premier est un étudiant. Il travaille dans un bar, jusqu’à soudainement rencontrer une femme. La première femme dont il tombe amoureux. Celle-ci se suicidera, le laissant à ses rêves brisés. Pour guérir, il marchera sur les pas de son homonyme, qu’il découvrira par le biais d’une biographie écrite par cette femme à oublier. Son homonyme est une sorte de poète maudit, ayant vécu plusieurs décennies auparavant.

Ce second protagoniste, dont le récit occupe proportionnellement plus de place que le premier – sans doute proportionnellement à l’âge qu’ils ont au moment du récit – est un homme triste, noyé dans le saké. Il deviendra moine. Puis pèlerin. Jamais il n’oubliera le suicide de la première femme de sa vie : sa mère, dans le puits du jardin. Puis sa rupture avec la mère de son fils, resurgissant néanmoins plus rarement dans ses pérégrinations.

Le saké sera pour lui un substitut à l’eau. A l’eau qu’il aura bue du puits où sa mère s’est noyée. L’eau se verra effectivement être l’élément mortel pour les deux suicides. Un lien entre ces deux temps, entre ces deux hommes au prénom semblable.

La structure du récit se dérobe à nous dès la première lecture, car elle entremêle sans avertissement les deux protagonistes ; de cette manière, elle permet de les fusionner. Seuls des éléments historiques liés à leur époque de vie permet de discerner celui dont on parle. Les haïkus les nourrissent tous les deux, la marche les abreuve et la mélancolie est l’air qu’ils respirent.

L’ambiance est « japonaise » : les bouddhas sont fréquents, et les temples shintô qu’ils croisent sur leurs routes sont nombreux. Les réflexions se déroulent, comme des méditations incontrôlées. Le mental des protagonistes nous est grand ouvert, comme dans ce court extrait :

Il se souvint aussi des distances qui s’étaient installées par à-coups, toutes ces maladresses de l’habitude – et soudain, dans l’enceinte d’amour, la solitude de l’un ou de l’autre. Ce qu’avait été sa vie avec Sakino, qu’en restait-il hormis des silences saccagés ?

Le style est délicat, comme l’image du Japon que Haddad souhaite nous livrer. Les mots choisis sont souvent très forts et les sensations très imagées. Un style réellement assouvissant, délivrant. On souhaiterait marcher dans leurs pas, et ne jamais s’arrêter.

Ôpalescente

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code