Haruki Murakami, Des hommes sans femmes

Traduction de Hélène Morita, éditions 10/18, 2018, 282 p.

Après avoir dévoré les cinq premières nouvelles, j’ai fini par conclure que Murakami avait, comme toujours, réussi avec brio à harmoniser l’ensemble des personnages des ses nouvelles. Lecture plaisante et sans chichi, à la fois comme d’habitude et toujours un peu différente. Je le trouvais très « murakamiesque ». Jusqu’à la sixième nouvelle.

Le titre de celle-ci : « Samsa amoureux », dont la phrase d’accroche m’a soudainement rappelé une lecture que j’avais fait plutôt récemment : « Lorsqu’il s’éveilla, il s’aperçut qu’il s’était métamorphosé en Gregor Samsa et qu’il était allongé sur son lit ». Si je n’avais pas été toute seule, dans lieu public, au moment de cette lecture, je crois que j’aurais ri de jubilation : aucun doute, Murakami s’est (j’oserais presque dire « enfin ») mis en tête d’écrire une fin à la célèbre nouvelle fantastique de Kafka, La Métamorphose ! A travers cette continuation, il marque son inscription au sein d’une tradition fantastique datant du XIXe siècle, mais pourtant tout à fait d’actualité : laisser le lecteur sur sa faim et le laisser décider du sens à attribuer aux phénomènes incompréhensibles qui parfois arrivent à ses personnages.

Cependant, loin de casser l’harmonie du recueil, comme j’ai eu tout d’abord crainte avec cette première phrase, Murakami réussit à inclure Gregor Samsa – créé pourtant par un autre écrivain que lui – parmi ses personnages : tous célibataires et complètement sous le charme des femmes.

La dernière nouvelle servira de matière liante entre ces sept nouvelles, en décrivant ce sentiment d’être « un homme sans femmes ». La rupture, la solitude, mais aussi la passion que permet, non pas une femme en particulier, mais potentiellement toutes les femmes. Un style très poétique, touchant. Ton volontairement différent de d’habitude : il exprime sa volonté de jouer sur la métaphore filée, ce qu’il effectuera tout au long de la nouvelle, en la personne des marins.

La plupart des personnages de ces nouvelles restent cependant très proches de la plupart des personnages que conçoit Murakami (et qu’on aime tant !) : universitaires ou écrivains, passionnés de jazz et de whisky, ils sont en quête, plus que d’une femme, d’eux-mêmes. Récits initiatiques, réalistes et fantastiques sont mélangés au profit d’un style plutôt naïf, et pourtant très travaillé. Murakami est donc toujours si agréable à lire, dans ce recueil où certaines images et métaphores prêtent par moments à sourire avec ravissement.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code