Audur Ava Olafsdóttir, L’Exception

Traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson, Zulma 2014 (Points 2016 pour le format poche), 286 p.

Troisième roman d’A. A. Olafsdóttir, l’Exception
rappelle très fortement son deuxième roman L’Embellie. En effet, comme l’héroïne de celui-ci, María se fait quitter dès le début de l’ouvrage. Rupture toute aussi douloureuse que dans l’Embellie (pour ceux qui ne l’ont pas lu, celle-ci se fait quitter pour une autre femme, mise enceinte), María se fait quitter… pour un homme cette fois. Et le soir du nouvel an qui plus est, dix minutes avant le changement d’année. Flóki, le père de ses deux enfants par vivre habiter avec un homme, s’appelant aussi Flóki.

S’ensuivent des souvenirs qui resurgissent: le nombre de nuits d’absence de son mari, qu’elle avait toujours cru au travail, des questionnements sur avant leur mariage, etc. L’histoire est touchante, les personnages attachants et le récit raconté rapidement, sans trop de chichis.

Mais avant de lire le récit douloureux d’une rupture complètement inattendue, le lecteur voit se mettre en place, sous ses yeux, une réflexion sur l’auteur et son statut. En effet, la voisine de María, en plus d’être conseillère conjugale, est aussi écrivaine. Et par le plus grand des hasards, elle écrit parallèlement une sorte de guide pratique du mariage, et un livre sur une femme… vivant presque les mêmes évènements que María.

A travers la relation de Perla (l’écrivaine) et María, est mis en évidence le rapport de l’écrivain et de son personnage. Le procédé d’écriture est compris dans l’écriture elle-même, comme une boucle paradoxale, où finalement Perla est l’auteur du livre que l’on lit. Ce procédé, que l’on comprend au fur et à mesure de la lecture, marque l’aspect artificiel, construit d’un texte littéraire, mais n’est pas le seul dispositif à soulever cette question. En effet, par la mise en place de « hasards », qui dans un roman n’en sont pas : le « hasard » d’avoir sa voisine qui peut vous aider à surmonter la rupture car conseillère conjugale, le hasard de l’amant du mari qui porte le même nom. Mentionnons encore un autre procédé (qu’elle utilise d’ailleurs aussi dans L’Embellie) que l’auteure utilise: l’exceptionnalité des évènements. En effet, peu après cette rupture, on comprend que María ne connaît pas son père biologique… et qu’il va venir la rencontrer. Peu de temps après, elle héritera d’une grosse fortune. Ce motif me rappelle la « héroïne » de l’Embellie, qui gagne, après sa rupture, à la fois un chalet d’été et une somme faramineuse à une loterie.

Tous ces éléments permettent de mettre en évidence l’artificialité du travail de l’auteur, qui fait ce qu’il veut de ses personnages, peut modifier à volonté différents passages (voir la forme du dernier chapitre, où ce n’est plus la voix du narrateur, mais la voix de l’auteur, hésitant sur sa fin !) et transforme les hasards en évènements calculés. Peut-on voir, dans tous ces éléments, notamment la question d’exceptionnalité, un lien avec le titre, qui reste sinon inexplicable immédiatement par le texte ?

Ôpalescente

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